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Que faire ? Point d'étape d'un insoumis dans le mouvement du 10 septembre
By Andy JADEAU profile image Andy JADEAU
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Que faire ? Point d'étape d'un insoumis dans le mouvement du 10 septembre

Cette volonté de rupture est un constat qui se fait aussi dans la rue, quand on bloque, qu’on discute avec les gens : même quand ils sont indisposés, au moins 80% soutiennent l’action.

Je veux livrer ici un témoignage de mes nombreuses heures passées dans le mouvement du 10 septembre à Limoges et apporter quelques réflexions sur l’expérience vécue localement.

Ici, nos AG sont un peu en perte de vitesse ; elles sont désormais essentiellement constituées de militants partisans et associatifs et, même si beaucoup sont identifiés, il y a un véritable effort collectif à dépasser les clivages pour travailler ensemble et une très bonne synergie dans l’action.

Cependant, il manque du monde ; ceux qui restent sont essentiellement réunis autour de l’idée de rupture avec le néolibéralisme au moins, avec le capitalisme et l’ordre établi pour une très large majorité.

Cette volonté de rupture est un constat qui se fait également dans la rue, quand on tracte, mais aussi quand on bloque, qu’on discute avec les gens à ce moment-là : même quand ils sont indisposés, au moins 80% soutiennent l’action.

On dit qu’il faut dégager Macron, mais on ressent bien que ce n’est pas le nœud du problème dans la tête des gens non plus. Ils demandent davantage, ils en ont vraiment ras le bol et sont conscients de la supercherie dont ils sont victimes. Ils valident quand on parle d’inégalités structurelles, des ultra-riches et de l’explosion de la pauvreté, de la casse des services publics, du foutage de gueule permanent dans les médias. Les arguments sont toujours très bien reçus, il y a une vraie conscience de la lutte de classe qui se matérialise à ce moment-là. Mais les gens sont désabusés, ils ont du mal à croire à une victoire, se sentent isolés, pris dans leurs propres logiques de survie et semblent résignés à ne rien obtenir, quand bien même ils soutiennent notre action et nous remercient de lutter pour eux.

Je pense que c’est aussi pour cela que nous n’avons pas, au moins localement, de revendications très claires et très précises ; c’est parce que la destitution de Macron n’est perçue que comme une étape nécessaire mais pas comme la finalité. La volonté est à changer les règles du jeu, renverser l’ordre des choses qui nous fait suffoquer, réclamer les transformations profondes dont on a besoin.

Faire sauter les 2 jours fériés, avoir un nouveau budget plus clément, un gouvernement moins dur, avec des gens du PS ou encore même revenir sur la réforme des retraites n’est pas suffisant tant que le pouvoir est verrouillé par une oligarchie qui nous ramènera face aux mêmes défis à terme.

Parce que c’est ce même système qui n’entend rien, qui ne répond pas aux demandes féministes, antiracistes, de fin des violences policières, sociales, qui ne répond pas à l’urgence de la question du génocide en Palestine ou de la crise environnementale. Les revendications sont multiples et bien trop nombreuses pour être citées ici, les causes de la colère ne manquent pas. Et c’est vers ces changements que le collectif « Bloquons-tout » essaie de diriger et de rassembler et non vers les revendications à la marge proposées.

Je pense aussi que c’est pourquoi la mobilisation du 2 octobre semble emballer moins de monde. La perspective du dialogue social que proposent les syndicats est plus qu’insuffisante et décourage par avance. La stratégie des directions syndicales ne rejoint pas les motivations des bases syndicales. Les gens, et les militants du collectif, ne sont pas dupes. Presque tous ont vécu les échecs de la mobilisation contre la réforme des retraites et des gilets jaunes. Ils savent, voient, anticipent.

Les négociations sont compromissions et n’aboutissent sur rien d’autre que de petites victoires précaires qui ne répondent que trop partiellement aux attentes. Le système doit être mis à mal et aucune vraie victoire à la hauteur des attentes ne s’arrachera avec des grèves perlées couteuses plus pour les travailleurs que pour le patronat.

Le collectif du 10 septembre sait faire la différence entre la base syndicale et les stratégies des directions. Dépendre des dates syndicales est un vrai problème pour nous mais nous avons, pour autant, conscience que les travailleurs sont une clé essentielle pour que la mobilisation sociale puisse prendre tout son potentiel.

C’est pourquoi nous dirigeons nos efforts à aller tracter devant les grandes entreprises de Limoges, à essayer de soutenir les grèves, aller chercher les travailleurs non syndiqués, les indignés, proposer un autre cadre plus en phase avec la colère sociale, ne serait-ce que pour pousser ces bases syndicales à exiger davantage que ce que leur proposent leurs structures.

C’est ce sur quoi nous nous sommes accordés récemment : créer ces ponts, tenter d’être un cadre alternatif et complémentaire qui veut s’ajuster au niveau des besoins de ce grondement social. Nous organisons par exemple pour ce 2 octobre, une assemblée générale avec une cantine solidaire à la fin de la manifestation intersyndicale traditionnelle qui se termine généralement sans discussion sur les suites à donner. Nous voulons ainsi offrir une autre possibilité à ce que doit être ce mouvement.

Les jeunes qui sont en effet les plus déterminés, tant leur avenir est tout simplement nié par le capitalisme, sont bien présents parmi nous, par leurs organisations étudiantes et lycéennes. Ce sont ceux qui participent presque le plus activement à ces tentatives de rassembler.

Le collectif a aussi conscience du manque de représentation des quartiers dans le mouvement alors que malgré les spécificités des vécus, les intérêts à la lutte sont les mêmes et il y a tout à gagner à ce qu’elles se rejoignent. La majorité des revendications parlent finalement à tous et peuvent être le levier qui permet de se sentir « faire peuple » dans la lutte. Nous essayons donc également de créer ces ponts en étant présents, tracter et convaincre, partout.

Tout cela est un travail de fourmi, qui n’aboutira peut-être à rien, mais tous les efforts sont faits pour mettre toutes les chances de nos côtés. On dénonce donc les stratégies des directions syndicales qui ne sont pas à la hauteur, mais sans s’y arrêter comme étant l’alpha et l’oméga de nos possibilités, malgré leur force de frappe et leur avantage dans le rapport de force.

La colère dépasse ce cadre et finira par exploser, maintenant ou plus tard, avec ou sans eux.

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