« La France s’ennuie » avertissait dans le journal Le Monde Pierre Viansson-Ponté, le 15 mars 1968, quelques semaines avant la déflagration estudiantine et ouvrière de mai-juin 68. Aujourd'hui, non seulement elle traîne sa tristesse, mais elle souffre profondément dans sa chair, son cœur et sa conscience populaire.
L'Insee vient de confirmer dans un document officiel que la pauvreté a atteint un pourcentage inégalé depuis trente ans dans notre pays ! Dans un rapport de cause à effet, les profits spéculatifs des grands actionnaires sont devenus les plus élevés d'Europe...
Ça ruisselle dur, du bas vers le haut. Macron avait glorifié sa politique ultralibérale en annonçant un mouvement inverse. Sa dépendance à l'égard des grandes fortunes, sa prodigalité en argent public pour les riches, son opposition à une juste rémunération du travail, sa réduction en continu des moyens et des périmètres des services publics, ses offensives constantes contre les dispositifs sociaux, sa propension à l'autoritarisme, en ont fait un développeur efficace des politiques libérales de Sarkozy et d'Hollande.
Le désastre est au rendez-vous. Pour s'en extraire, l'heure d'une réorientation radicale du cours politique en France a sonné, à l'opposé de la radicalité libérale et bourgeoise imposée depuis trop longtemps par les gouvernants de ce pays et par ceux de la communauté européenne dans sa formule actuelle.
En cette veille du 14 juillet, qu'en est-il du « climat » politique et de ses perspectives ? Le gouvernement Bayrou-Retailleau gère de pire façon, avec les complicités intéressées des députés d'extrême-droite, la fin du règne détesté et ultra-minoritaire du macronisme. La seule nouveauté relative avantageuse pour lui, provient du parti socialiste et autres sociaux-démocrates de tout acabit.
La formation chaotique et affaiblie de Faure et de l'ex de l'Élysée vient de produire une éloquente démonstration de la signification et de la portée de son « recentrage » en parti de compromis réformiste au service de la « stabilité de l'État ». La vérité s'est rapidement faite jour.
Sous couvert de « stabilité », il ne s'agissait que d'accorder une certaine durée au gouvernement Macron-Bayrou-Retailleau, et de lancer des ponts à l'allemande vers le centre-droit, avec lequel un accord de non-censure fut conclu. Le prétexte de façade pour cette brillante manœuvre fut la mise sur pied d'un « conclave » (bonjour la laïcité), destiné hypocritement à réformer sans tabous la loi sur la retraite à 64 ans imposée par 49.3.
Les dés avaient été pipés dès le départ par le droit de veto absolu mis publiquement au profit du trop heureux MEDEF : interdiction gouvernementale d'accorder une quelconque fumée blanche à la remise en cause du seuil des 64 ans. C'est donc en toute connaissance de cause que la direction socialiste a sauté dans la roue du cardinal Bayrou !
La suite de cet épisode tragi-comique est connue. Le conclave a sombré dans l'inefficacité et le ridicule au son des claquements de portes des syndicats piégés, celui de FO puis de la CGT, en lever de rideau.
Le PS a tenté de donner le change avec le dépôt d'une motion de censure manœuvrière dont l'ineffable Hollande avait mangé le morceau dans « Le Parisien » en avouant qu'il ne la voterait pas si elle courait le risque d'être majoritaire... Incroyable mais vrai !
Ainsi vont les ambitions rocambolesques du PS. Sa rupture avec sa signature au bas du programme et de l'accord de mandature qui le liaient à la France Insoumise dans le cadre d'un nouveau Front Populaire, ne relevait pas des circonstances, mais d'une démarche de pur opportunisme politicien visant à préserver l'existence d'un groupe parlementaire et les intérêts personnels et étroitement partisans. Dans cette sale affaire, les intérêts des victimes du macronisme et de la droite ne pèsent pas lourd.
Quel autre mot que « trahison » pourrait être employé ? Cette stratégie liquidatrice est montée en puissance au fur et à mesure du développement des campagnes ignominieuses de mensonges et de haine de classe, orchestrées par la clique au pouvoir et les médias à sa botte, contre les insoumis et le leader populaire Jean-Luc Mélenchon.
Nombre de dirigeants socialistes ont fait chorus avec cette entreprise anti républicaine et l'ont même alimentée. Son envolée a pris de l'ampleur avec la manifestation organisée par Larcher et Braun-Pivet contre l'antisémitisme, qui n'avait comme objectif que d'assimiler à de l'antisémitisme toute solidarité active avec un peuple arabe massacré par le criminel de guerre génocidaire Netanyahu !
Le PS a trempé dans tout ça.
Il était de la manif, accompagné par Fabien Roussel qui n'a jamais déserté la moindre offensive anti-FI des réactionnaires libéraux et des lepenistes. Pour tous ceux-là, pas facile aujourd’hui de marteler de telles campagnes devant l'évidence du génocide palestinien et les viols sans frontière du droit international...
Le temps qui s'écoule dénude davantage encore les choix socialistes et leur montée en gamme. Leur faux nez, Glucksmann, vient d'oser la promesse « de faire barrage partout à l'élection d'insoumis ». Ce militant du surarmement de la France et de l'Europe pour une guerre contre la Russie, ce macroniste de conviction, aurait davantage un mauvais rôle à jouer au sein du gouvernement Bayrou, à l'exemple de Valls et Rebsamen, que dans les allées enfumées du PS.
« Pas d'alliances avec la FI » est donc devenu le cri de ralliement aventureux de Faure et des siens.
À qui est destinée cette rupture absolue avec l'esprit et la teneur du NFP, sinon directement au centre, à la droite et à une part de leur électorat ? Après la non-censure, le renoncement à la gauche. La tentative est engagée pour, en vérité, barrer la route à la seule formation à vocation gouvernementale dotée du programme et de la ligne de rupture avec les déclinaisons françaises du capitalisme débridé et devenu incapable d'affronter les enjeux humains planétaires de la paix et du réchauffement climatique en cavalcade irréversible contre le vivant.
Il convient d'ajouter cette conclusion qui en découle : la gauche d'avant a, de fait, renoncé à exercer le pouvoir politique en position transformatrice. Elle n'est plus candidate qu'à l'accompagnement des politiques libérales dans le cadre de gouvernances dominées et pilotées par la droite. Comme ce fut le cas en Italie, les sociaux-démocrates ne sont candidats qu'à leur propre disparition sous la forme parti socialiste.
La rose se fane et se meurt, sous les manipulations de ses jardiniers...
Son dernier score présidentiel inférieur à 2% en atteste.Quels enseignements et réactions de la part des électeurs restés fidèles à leur camp électoral traditionnel, ceux d'un parti qui avait, avant de sombrer, accumulé pratiquement tous les pouvoirs, dans le prolongement de la victoire de Mitterrand en 1981 ?
Si le mouvement de la France Insoumise n'avait pas été créé et ne s'était pas engagé contre les politiques du capitalisme, si les combats présidentiels de Mélenchon n'avaient pas bénéficié des élans populaires que l'on sait, la gauche que l'on aime et ses ambitions de rupture avec le système dominant, n'appartiendrait plus qu'au passé.
Un système que Trump tente de sauver pour le compte de l'Amérique et ses affidés de l'OTAN.
Pour le processus d’unité populaire initié par les insoumis, la portée et les résultats ne dépendent que des mobilisations convergentes du peuple, autour des valeurs fondatrices de notre République et des intérêts communs majoritaires de « la France qui s'ennuie ».